18.6.09

« La précision par la restriction » selon K.F.

Extraits de ma lecture de « Sur l’origine de l’activité artistique » (1887) de Konrad Fiedler [Éditions rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2008] :
• Page 77 : « Ce monde de phénomènes visibles, grand, riche, incommensurable, disparaît à l’instant même où la force artistique tente de s’en emparer sérieusement.Le premier essai pour sortir de l’état crépusculaire de la prise de conscience de la visibilité en général et parvenir à une clarté de la vision, restreint déjà le cercle de ce qui est à voir. L’activité artistique prolonge cette concentration de la conscience qui est le premier pas nécessaire sur le chemin : d’une saisie sensible dont l’ampleur va toujours de pair avec l’im-
précision, on est conduit à la précision par la restriction. L’artiste se voit dans l’impossibilité de confronter son activité à ce tout apparent, le passage du simple acte de voir et de se représenter ce qui est vu à l’expression du visible ne peut s’effectuer que par la détermination d’un cas. Dans l’activité et dans l’action, tout homme fera cette expérience : il doit intervenir dans le cadre d’un cas déterminé pour que ses forces puissent se déployer. »

« Tributaire d’une possession incertaine » selon K.F.

Extraits de ma lecture de « Sur l’origine de l’activité artistique » (1887) de Konrad Fiedler [Éditions rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2008] :
• Page 48 : « S’il est donc vain d’attendre que des capacités sensibles sans rapport avec la perception visuelle aient le pouvoir de donner forme à l’image visuelle, il est tout aussi vain de croire que le mot nous permettra de maîtriser le monde visible. Ainsi, seule la tentative pour témoigner d’une chose vue par le moyen du voir même nous donnera une idée de l’état où se trouve notre image du monde visible. Car alors seulement nous prendrons conscience de ces limites déjà mentionnées, qui empêchent l’image du monde de développer son aspect visible. Nous ressentons cela le plus clairement quand la représentation d’une chose vue entre dans notre conscience, indépendamment de toute perception sensible immédiate. Si notre faculté de représenter fournit le plus grand effort de concentration, nous parviendrons peut-être à stopper la perpétuelle errance de notre conscience parmi tous les royaumes de ce qui est perceptible par les sens, pour l’attacher au domaine du visible. Libérés des associations dont le jeu fantasque, apparemment anarchique, nous domine, nous parviendrons peut-être à fixer et soumettre à notre pouvoir un visible singulier. Mais nous posséderons alors une visibilité indéterminée, incomplète, indigente : il nous suffira d’observer en nous-mêmes cette possession pour nous en convaincre. Quelle monumentale erreur de croire que nous possédons de la forme visible des choses un monde de représentations plus ou moins riche cohérent et développé. Ce que nous percevons comme visible dans notre conscience voyante, ce sont des fragments incohérents, des manifestations fuyantes et passa-
gères. Et quel n’est pas notre désarroi quand surgit en nous le besoin de rendre visible à notre esprit ce qui se donne à voir. À certains moments, pourtant, dans l’hallucination éveillée ou en rêve,
et même dans la perception immédiate, l’image visible d’un objet s’impose au regard de notre conscience dans sa pleine clarté et son indubitable présence : qu’en est-il alors ? Parlera-t-on d’une cons-
cience représentante non développée, de limites inhérentes à la nature humaine qui s’imposent au développement de cette conscience de réalité voyante ? Et pourtant, qui peut s’isoler lui-même avec ce qu’il voit, ne laisser entrer en lui que le voir, et s’y plonger, ne se retrouvera-t-il pas, face à ce qui se montre à son œil en tant que phénomène, devant un mystère étranger, inaccessible ? Si sa conscience ne s’émousse pas – du fait d’un abaissement de toutes ses capacités, y compris le voir –, ne sentira-t-il pas en lui l’exigence de s’approprier cette configuration étrangère, de la voir en quelque sorte pour la première fois comme elle se donne à voir, d’en rendre compte par ses yeux, de la réaliser comme vue, par sa propre force productrice ? Et si alors il doit reconnaître qu’aucune capacité ne répond à cette exigence ni le satisfait, qu’en dépit de tous ses efforts, il ne s’approche jamais du phénomène visible du monde, que celui-ci le regarde en étranger comme à chaque commencement et disparaît à la moindre tentative pour le saisir, il se heurtera plus que jamais aux limites qui l’emprisonnent quand sa conscience veut, en voyant, saisir la manifestation visible des choses. Et il comprendra alors lui aussi que l’homme qui cherche à représenter des manifes-
tations visibles reste tributaire d’une possession incertaine et non développée. »

17.6.09

« Nous ne saisissons jamais qu’une partie isolée du complexe sensible » selon K.F.

Extraits de ma lecture de « Sur l’origine de l’activité artistique » (1887) de Konrad Fiedler [Éditions rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2008] :
• Page 37 : « Toute notre possession de réalité sensible se limite à des événements de la perception et de la représentation qui n’ont ni durée ni consistance, mais vont et viennent, naissent et disparaissent, évoluent et s’évanouissent. Partant, nous ne connaissons la réalité que comme non développée et anémique. Voilà qui est bien difficile à admettre : car nous vivons dans un monde dont tout l’art et la perfection nous restent insaisissables. Avec toutes ses formes et ses couleurs, c’est un monde prodigieux ; tour à tour il capte nos sens sur le proche et l’infime et les attire au loin vers l’infiniment grand. Tantôt il s’impose dans sa plus dure matérialité, tantôt il semble une manifestation immatérielle et malgré tout encore sensible. Mais il en va ici de notre possession de réalité sensible comme de nos opérations dites mentales : nos illusions avancent masquées.
Bien sûr, nous sommes conscients que notre capacité sensible a ses limites. Nous savons fort bien que nous devons détruire ce qui se présente d’abord à nos sens comme un tout composé et multiple,
dès que nous aspirons à le saisir de plus près. Pour concevoir comme un tout une impression sensible combinée de quelque étendue, nous devons maintenir notre attention à un stade d’intensité moyenne.
Si nous tentons d’augmenter l’intensité de la perception sensible, nous sommes contraints de passer du tout à ses parties, et plus nous essayons de percevoir avec exactitude, plus l’ampleur de ce que nous pouvons encore percevoir semble se réduire. D’autre part, nous devons aussi décomposer l’impression sensible mêlée si nous voulons nous en approcher. Toute tentative pour saisir la richesse sensible d’un objet dans son ensemble en s’en approchant est vouée à l’échec. Quand nous cherchons à saisir et à nous approprier comme telle la diversité sensorielle d’une impression nous n’appréhendons qu’une qualité sensorielle isolée. Toutes les autres se retirent au profit de celle-ci. Et plus l’impression que nous avons de cette seule qualité s’intensifie, plus les autres sont chassées de la perception, vouée à une disparition quasi totale. »

• Page 38 : « Nous savons que si la simultanéité nous est refusée,
la succession, en revanche, réussit sans effort : c’est là notre moyen
de parvenir à l’intégralité de l’appréhension sensible. Quand nous affirmons que l’homme, sans en avoir conscience lui-même, se contente d’une image du monde très imparfaite et peu développée, nous songeons à des limites de notre nature bien plus enfouies et bien plus difficile à surmonter.
Cette intégralité de l’appréhension sensible, à laquelle nous croyons parvenir, n’est qu’apparente. En vérité, elle n’existe pas. Elle ne se présente pas comme une configuration déterminée et vérifiable. Elle est une supposition, une hypothèse que nous ne pouvons pas réaliser dans notre conscience. Envisageons l’état qui est le nôtre, quand nous pensons saisir dans sa totalité sensible ne serait-ce qu’un simple objet isolé : nos sens en sont réduits à errer autour de l’objet. Si nous fixons notre attention sur la qualité sensible isolée, notre effort se mue en désarroi. Nos sens perdent bientôt toute certitude, toute détermination, quand nous tentons d’en isoler un en particulier,
et nous cherchons refuge auprès des autres sens pour être de nouveau certain que l’objet perçu ou représenté a bien une existence sensible. La connaissance sensible progressive était pour nous le seul moyen de s’approprier l’intégralité sensible d’un objet ; or elle ne développe dans notre conscience aucune possession dans laquelle se présenterait cette intégralité sensible. Au contraire, notre conscience reste désemparée par sa possession sensible, car elle est contrainte, pour autant qu’elle ne veuille pas perdre la certitude sensible, de courir sans cesse d’un domaine sensoriel à un autre, sans jamais s’arrêter à aucun d’entre eux. Comme les différents domaines sensoriels sont toujours enclins à se relayer mutuellement, nous tombons aisément dans l’illusion qu’une intégralité sensible peut nous être donnée. Mais il suffit d’avoir observé cet état de fait pour y voir clair : l’existence d’un quelconque objet représentable ou perceptible par les sens n’est pas liée à une forme déterminée, mais s’épuise dans cette concur-
rence arbitraire et fantasque de ses différentes qualités sensibles. »

15.6.09

« Un devenir permanent se substitue à l’être » selon K.F.

Extraits de ma lecture de « Sur l’origine de l’activité artistique » (1887) de Konrad Fiedler [Éditions rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2008] :
• Page 32 :
« De même qu’une perception – ou représentation – doit emprunter les chemins du sensible pour parvenir à notre conscience, elle ne peut exister dans notre conscience que sous la forme d’un processus sensoriel. Si nous songeons que la vie des perceptions et des représentations, tout entière, ne peut exister que dans des processus auxquels est soumis notre organisme sensoriel, nous comprendrons aisément que nos représentations n’existent pas de manière toute faite pour accéder à notre conscience et disparaître ensuite. Au contraire, elles se développent, naissent et s’effacent sans cesse. Nous ne croyons donc plus aveuglément à une existence propre des représentations. Nous réalisons que les représentations – c’est-à-dire la réalité – que nous possédons n’excèdent pas les processus qui peuvent dans l’instant se dérouler en nous et nous transformer. À tout instant, le monde entier que nous pouvons dire nôtre s’efface pour renaître l’instant suivant. Nous ne vivons pas dans le même monde que les autres : chacun vit dans un monde différent. Et plus encore, pour chaque individu, le monde, à chaque instant, n’est jamais le même.
L’idée que tout être a un caractère relatif avait modifié notre conception de la réalité : ce n’était plus une réalité indépendante
de nous, mais une réalité qui ne pouvait exister que par nos représentations. Or, puisque les représentations ne peuvent pas être des composantes intellectuelles fixes de notre conscience, la réalité apparaît non plus comme représentation mais comme un procès infiniment multiple et changeant qui se joue dans notre organisme sensoriel. À la question : où réside la réalité ? nous avions dû répondre : dans nos représentations. À la question : où sont ces représentations ? nous répondons : rien n’atteste qu’elles soient des configurations durables ; elles naissent et s’évanouissent, tel est leur être. »

• Page 34 :
« [Car] tout être est nécessairement perçu, représenté, pensé, mais notre conscience ne peut saisir en même temps deux états différents de l’être, de sorte qu’au moment où l’être apparaît sous forme de représentation, l’être donné dans la perception immédiate disparaît. Et de même, l’être qui se donne sous forme de représentation disparaît de notre conscience quand la représentation fait place à la perception immédiate.
Un devenir permanent se substitue donc à l’être. À chaque instant nous sommes face au néant, et chaque instant voit la création d’un être et d’une réalité. Il faut beaucoup de force et d’indépendance d’esprit pour rester fidèle à cette conviction. Plus rien ne nous permet de supposer une réalité donnée – indépendante ou non de nous – et nous voyons toute notre conscience de réalité dépendre d’un processus qui ne se déroule pas hors de nous, mais en nous et par nous.
D’autres conséquences se font jour : l’être d’un objet quelconque – donc de la réalité tout entière – n’est plus lié à un processus de développement homogène dans notre conscience. Au contraire,
cet être est multiple, et les différents domaines matériels dont il se compose, selon la diversité de notre capacité sensorielle, correspon-
dent à différents modes de la conscience de réalité. On peut toujours penser que cette multiplicité de l’être, dans sa mise en forme sensible, suppose un matériel commun et homogène, par lequel l’activité sensible s’accomplit dans sa diversité. On peut toujours
le penser, mais on ne pourra jamais le prouver. Car on ne peut pas connaître un être s’il n’a pas dans notre conscience une forme, quelle qu’elle soit : il faudrait donc pouvoir déceler une forme dans laquelle cet être supposé se présente, cet être lui-même non encore spécialisé et qui fonde toute spécialisation sensible. Nous aurons beau descendre au plus profond, jusqu’aux sources – l’origine commune en quelque sorte – à partir desquelles se développe la multiplicité de notre conscience de réalité : nous ne percevrons toujours que des formes spécialisées, au-delà desquelles plus rien n’est perceptible ;
là où la conscience s’obscurcit, toute perception prend fin. On ne pourrait donc manifestement parler de l’être d’un objet, dans le sens de son homogénéité et de sa totalité sensible, que pour des organismes qui en sont restés à un stade très primitif de leur développement : là où pointent les prémices d’une sensation, on peut supposer que l’être entier d’un objet est lié à un matériel de conscience unique. Une simple trace de sensation lumineuse ajoutée à la sensation de résistance, et l’être n’est plus homogène :
une diversification apparaît, qui ne pourra plus jamais revenir à une unité. Plus les organismes se développent en des formes élevées, plus la sensation se différencie, et avec elle le matériel de conscience dans lequel l’être se présente. On pourrait croire qu’au moins l’homme, l’être le plus organisé, pourrait rassembler l’être, car comment formerait-il sinon des concepts comme réalité ou être ? Mais ces concepts nous placent déjà dans un domaine très spécialisé qui se présente dans la pensée discursive, très loin des autres domaines de la réalité que la pensée est incapable de développer. »

10.6.09

Sixtine C.

30 min _ juin 2009
coul. _ 16:9 _ mini-dv
[Diffusée en vidéoprojection/installation aux 14èmes Rencontres Traverse Vidéo, Fabrique Culturelle du Mirail, Toulouse, mars 2011
Texte publié dans le livre-catalogue de Traverse Vidéo 2011, "L'art proxime".




Synopsis
Tableau en mouvement dans une réalité domestique. Filmer les iris dans le jardin revient à composer avec les micros événements sonores & visuels de l'entourage (voix humaines, gouttes de pluie, lumière au travers des pétales, vent, moteurs, insecte…).
Un plan-séquence de près de 30 minutes.


Comme un temps de vacance à la maison. Mère & soeur sont à la cuisine. Papa cherche des occupations. Je décide de filmer les iris dans le jardin…






Dispositifs de visionnage :
— 1 : "Home vidéo" : sur écran plat LCD - 16:9 - 106 cm - doté de bonnes enceintes - canapé trois places - une petite lampe d’appoint - dans une petite pièce insonorisée obscure - afin de préserver une proximité entre ceux qui regardent & la vidéo présentée.
— 2 : dans un hall vaste d’un lieu public “vide”, de passage (lieu culturel, administration, banque…) : sur écran plat LCD - 16:9 - 106 cm - doté de bonnes enceintes - trois fauteuils individuels












Il y a quelque chose d’obstiné dans la durée, d’obstiné et de déroutant. 

Insistance qui cherche à voir ce qu’elle ignore, une image 
jusqu’alors inconnue se développe dans ce plan resserré.
D’une part sur l’intérieur de la fleur (hymen).
D’autre part sur la trouée formée dans l’intervalle 
entre les grands pétales de deux iris à touche touche.





Une folie baroque du percevoir.









Ce que la durée du plan séquence révèle :
un paysage réfléchissant sa propre picturalité.





Vacance, "temps mort", qu'est-ce qu'on fait ?
Mère & soeur sont à la cuisine (cela s'entend : leur voix, même celle d'Edwige qui se met à chanter ; les bruits de moteurs électroménagers).
Père cherche à "tuer ce temps d'attente".
Moi, je décide de filmer les iris dans le jardin.
Ce faisant, dans ce milieu, le son enregistré est témoin des activités des autres, & de la "nature" alentour.





Une vidéo domestique, familiale, campagnarde & météorologique.




L'objet devient image picturale à force d'être scruté.












En cliquant sur ce lien "Sixtine C." une « image ouverte », vous serez dirigez vers un assemblage de citations de G. Didi-Huberman extraites de son ouvrage "L'image ouverte", sur lesquelles je m'appuie pour décrypter cette vidéographie "ouverte". Ce texte a été publié dans le livre-catalogue de Traverse Vidéo 2011, "L'art proxime", sans les citations de Didi-Huberman.

19.5.09

Joel Bartoloméo réagit à l'extrait de "Au Jardin Botanique (Catania)" - je lui réponds

Ai vu la première des 3 vidéos
"Au Jardin Botanique (Catania)"
l'ai vue 2 fois
j'aime bien la progression dramatique
avec les accélérations de la fin... les poissons en deviennent menaçants.
aime bien aussi les mouvements de camera-sauterelle.
aime la feuille et la partie avec le toit de la maison

mais bon...
comment sortir de la contemplation ?
faut il en sortir ?
la contemplation, n'est ce pas le dernier refuge contre la réalité ?
mais la réalité animal nous rattrape des fois.
je la trouve un peu courte
n'est ce pas possible de travailler le son comme l'image (distordre)
et d'introduire de l'étrange et de la violence par le son ?
comme si notre existence était en suspension au-dessus de la menace.

c'est bien une vidéo qui fait causer
Bravo
B
Joël

---------------------------------



---------------------------------

Merci pour cette réponse loquace, Joël,

En fait, je ne mets que des extraits sur le blog.
La violence est présente par le son, elle s'amplifie encore après ce
que tu as vu.
La dernière séquence (dernière partie ci-dessous) est muette.
J'avais décidé de couper le son qui n'apportait plus sa dramatique
comme dans la première séquence. Et de ce fait, l'image seule en
devient plus dramatique (une intensité de l'image non recouverte
par ces bruits de moteurs, absence de son qui laisse de l'espace
pour l'événement visuel qui suit).









Filmer pour moi, c'est entrer dans du réel, le plus loin que je peux
sans jamais introduire d'effet autre que celui, naturel & subjectif,
que produit le filmage lui-même. C'est laisser le réel se dessiner,
non ?
Mais évidemment, je suis sensible à certaines formes du réel.
Le plus souvent, ce sont des lieux qui ont à voir avec ma culture en peinture, une sensibilité de peintre, d'amatrice de peinture…
Je réagis à l'appel du lieu sur ma sensibilité propre.

Filmer c'est une forme d'expérience du réel.

Je m'ennuyais tellement à Catania
c'était un séjour si décevant & frustrant
qu'un peu par dépit j'ai filmé ce bassin sans illusion quant au résultat.
Je n'en attendais rien.
Mais en revoyant ces rushs que j'avais complètement oubliés (je
cherchais une cassette vierge), j'ai vu la richesse cachée dans cet
ennui d'alors.
Flmer est devenu pour moi, et de plus en plus, "me mettre en situation d'attente".

Je me pose la même question que toi sur la contemplation.
C'est une attente de l'événement, c'est le risque de se confronter à
l'ennui dans l'attente. Mais cette durée-là, cette qualité
d'observation m'intrigue & je cherche peut-être à l'épuiser en
filmant.
Si tu regardes la première vidéo de Catania
(je te joints le lien ci-dessous "Spatola (delectatio)")
tu verras que ce n'est pas une fuite du réel, mais au contraire, un
engagement à filmer dans le réel, à pénétrer du réel par un biais
inédit, à tenter d'en extraire ce qu'on n'en voit pas à l'œil nu & que
la séquence révèle par sa durée même.

http://treuilsanaturemorte.blogspot.com/2008/03/les-spatules.html






[2'40" extraites des 5'30"]



Je t'embrasse & merci pour ta réponse vive & attentive
S.

[P.S.: Je me permets d'éditer cet échange mailé sur le blog "Machina
Perceptionis" en créant un nouvel article.
C'est tout à fait ce genre de dialogue dont j'ai besoin pour avancer
la pensée de mon travail. Merci infiniment ! Tu peux continuer si tu
en as envie & moi j'embraye à ta suite…
J'espère que tu es bien dans Berlin !]

4.5.09

L'événement (Qu'est-ce que)

"Qu'est-ce que l'événement ? Nous venons de le dire : une brusquerie efficace. Cette brusquerie même peut être relative ou absolue, contact et contraste entre deux développements inégaux, ou mutation à l’intérieur de l’un d’entre eux. Une forme peut obtenir
la qualité novatrice et révolutionnaire sans être événement par elle-même, et du simple fait qu’elle est transportée d’un milieu rapide dans un milieu lent, ou inversement. » [Henri Focillon in « Vie des formes »]



Extrait de "Exspectatio" [ 34' - sept 2007 - Triptyque Exspectatio :
http://treuilsanexsp.blogspot.com/2007/09/exspectatio.html ]