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4.2.10

Lumière enchâssée

14 min 40_ II-2010
coul. _ 4:3 _ mini-dv
(le 25-I-2010, 13h)

Jour / Lumen / Lux / Contre-lumière (reflet, XVIème siècle) / Speculum (miroir) / Conversion / Vision / Lueur


Une fenêtre, avec ses deux vitres et son montant pvc, quoi de plus familier ? Mais devenue l’instrument de la réflexivité du soleil, elle acquiert merveilleux, devient image-tableau, étrange.
La lumière exhibe son propre code par la vitre-miroir filmée
qui répond à ses jeux — transformation de la tache solaire,
sa déformation, son dédoublement ; dilution du point lumineux ; éblouissement ; sa dissolution ; diffusion aqueuse ou aérienne ; omniprésence jusqu’à l’anéantissement de sa visibilité dans l’espace : la lumière s’échappe du cadre.


L’énergie lumineuse et de passage, traces du soleil hivernal & hors champ, sur les vitres, surface inframince, interface filmée de biais. Maintient du regard tendu vers ce verre-tableau aux éclats & aux aplats lumineux se colorant-décolorant.


Paysage du temps (hiver).


Pellicule photosensible
inscription à la verticale — stèle

évanescence au point de fuite
hémorragie lumineuse de la tavola — diptyque-vitres-miroir

éclate, se répand, se diffuse, disparaît dans l’effacement, se transforme comme un fluide
absorbée — tache d’huile


Memento lumen — Souviens-toi de la lumière

La lumière comme signe : lumen

Défaillance : la lumière se meurt
filmée en oblique, de biais


Index :
filmer comme le doigt indexe,
indique, montre
désigne la lumière, son reflet
l’œil-caméra reçoit autant qu’il désigne

Maintenir le doigt pointé sur cette grande double-page miroir
lumière défaillante.

« "Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement",
LA ROCHEFOUCAULD, seulement les traces de leur déplacement,
les traces de leur effacement… » Louis MARIN, Visibilité, « Le tombeau du sujet en peinture » in « De la représentation ».

Comment la lumière serait-elle figurable ? C’est son effet qui l’est. La lumière excède le lieu, le support, elle est espace, diffusion d’elle-même dans l’espace, elle métamorphose les limites de l’espace, en défigure les bords, les supports, elle modèle l’espace.


Lumière recueillie, absorbée par la surface miroirique, reflétée, puis désignée (déformation du signe).

Lumière enchâssée
lumière désignée

Elle consume l’image,
le temps l’épuise.
La lumière ne s’épuise pas.

Mise en lumière d’une surface miroirique (tautologie),
mise en lumière d’un manque,
vide au centre de la spirale.

Lumière n’est pas vide
elle enveloppe.


« opacification du sens et du voir jusqu’à l’indécidable, un point de vertige et d’abîme » * au sein de la lumière

[* p 150 « La folie du voir – de l’esthétique baroque »
ch. « La longue-vue rhétoricienne : Il mirabile, il furore »
Christine BUCI-GLUCKSMANN ]

La lumière s’annule
annule le point de fuite, dans son évanescence

Figure renversée de la lumière : en miroir, elle s’anéantit dans lui, dans l’image, son sens est usé dans la durée du filmage. Elle est infigurable.


Rhétorique muette : filmer le principe de la lumière se réfléchissant, elle s’anéantit alors qu’elle se donne comme visible jusqu’à saturation, jusqu’à l’excès.
Elle emplit, pour finir, toute l’image
excède le cadre de la fenêtre, éclaire le mur de brique
omniprésente, absence de sens, absence de direction du sens
plus de trajectoire
plus de projection d’elle-même, elle se diffuse dans l’espace
le tableau n’a plus lieu d’être
alors
je cesse de filmer.


Début (1/2)





Fin (2/2)

4.11.09

étang peinture, La Sourdaie

20 min 30 _ XI 2009
coul. _ 4:3 _ mini-dv
filmé en novembre 2006

« Le rapport, le lien entre le lieu et le personnage est le début de la mystique. »
Bruno Dumont, lors du débat à l'issue de la projection de son film "Hadwijch", Ciné 104, Pantin, le 01/XII/2009.


Le tremblé, les petits à-coups, les heurts de l’image rappellent que c’est bien un corps qui filme en ce bord d’étang. Mon bras fatigué
de filmer La Sourdaie depuis 1h05 provoque ce tremblement qui part-
icipe de l'écriture, comme manuscrite. Le fait de zoomer sur l’eau
colorée amplifie ce tremblement et fait se heurter l’image contre
ses bords, contre le cadre en haut, en bas.
La décale, la dévie, la décadre, décentre l’attention, fait tituber
le regard. L’image dérive un instant, se cogne aux marges du percep-
tible.
Elle devient pour cet instant une ivresse dans la fatigue de filmer (de regarder) et est au sein de l’énergie (enaergia : « beauté intense »), y participe comme en creux. La fatigue et l’ivresse forment un creux dans le filmage (le travail du regard). Ce creux est plein de peinture. C'est cela que je filme.




10 premières minutes / 20 min 30































10 dernières minutes des 20 min 30








« L’ivresse est une onde qui ne peut être dépeinte avec précision.
Elle induit un frémissement de l’être qui rend plus aiguë sa présence "physique" au monde. »
FABIEN DANESI in « L’ŒIL NOMADE la photographie de voyage avec Ange Leccia », Isthme éditions, 2005.

4.7.09

Nocturne

10 min 20 _ VII 2009
coul. _ 4:3 _ mini-dv
partiellement muet
(filmé à Orléans, sept. 2006)


Un quai de la Loire, la nuit, les mouettes. Les mouvements et l'obscurité métamorphosent le réel en tableau.








Un filmage de l'ordre de la performance : tenir l'image, maintenir le paysage, retenir le phénomène visuel mouvementé.













3.7.09

Jouvencelles

28 min 30 _ VII 2009
coul. _ 4:3 _ mini-dv



Capture des fugitives demoiselles s'accouplant sur un coin d'étang.




































26.4.09

Au Jardin Botanique (Catania)

13 min 30 _ avril 2009
partiellement muet
coul. _ mini-dv
filmé à Catania en février 2008
3ème vidéographie de Sicile
[13èmes Rencontres Traverse Vidéo, Toulouse, Centre Culturel Bellegarde, mars 2010
19ème festival Côté Court, Ciné 104, Pantin, juin 2010]


Nuit du 16 au 17 février 2010

L’errance, la défaillance du point d’ancrage quand “je” filme la surface de l’eau, quand “je” perds les poissons. Les soubresauts de la quête inquiète croisent soudain la mise en route d’un moteur, plus proche, au sein du jardin, son qui se distingue des moteurs ambiants et routiers, via Etnea — le jardin botanique est pris dans les circulations folles de Catane, île aspirant au calme dans une tempête de moteurs & de voix brusques — la rue qui, montant vers le volcan invisible, à son sommet, est au summum de la cacophonie, rejoignant d’autres voies routières & le Circumetnea (le train circulant autour du volcan). Le bassin aspire au calme, à la rêverie métaphysique : trouver quelque chose au delà de la confusion, une issue à l’angoisse, passant par elle tout de même ; traversée difficile, épreuve. Accepter de se perdre dans l’errance du filmage avec cette foi que du déséquilibre peut naître autre chose.
L’ennui auquel j’étais confrontée à Catane, ce malaise éprouvé dans la perte de mes repères, dans la bousculade de ce réel là, cet ennui — “Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je fabrique dans cette ville, au pied du volcan que je désirais tant et que je ne vois même pas ? — cet ennui cachait, masquait une forme profonde en mutation, une métamorphose, une forme en biais, qui s’opérait à l’intérieur de moi & au cœur de l’image. Chercher un “je-ne-sais-quoi” en mouvement, la petite panique à la surface de l’eau où tout est sombre pour un moment, et le dénouement surgit avec le moteur qui sourd, s’essaie, qui embraye et s’amplifie. “Je” finis (commence) par suivre son rythme, le bruit de ce moteur dicte mon filmage et l’œil-caméra tombe sur les taches rouges des poissons qu’il avait perdues. Avec le son, il suit les gestes respiratoires, les flottements dans les reflets de ces formes oblongues dans les eaux noires.
Le dernier tableau-vidéo, muet à dominance verte, vient résoudre l’enjeu vidéographique du voir, vient dénouer l’angoisse blottie dans l’ennui par un geste brusque qui distord l’image, la porte à son sommet baroque — et “je” rejoins le petit tronçon de rue, un peu plus haut, trouvée avec joie : via Empedocle.

S.T.







— Synopsis 1 : Que se passe-t-il à contempler la surface d'un bassin ? Événements optiques & synchronie sonore dans le jardin botanique
de Catane (Sicile), ville nerveuse au pied de l'Etna.

— Synopsis 2 : Tableau-vidéo baroque où l'on fait l'expérience de se perdre dans l'errance du filmage (la surface d'un bassin) avec cette foi que du déséquilibre peut naître autre chose.


Dispositif de visionnage : sur écran plasma 4:3 doté de bonnes enceintes, ou en projection en salle de cinéma.


















"Et il suffirait d'un rien pour que cette fièvre légère, insistante, presque agréable se métamorphose en ivresse —celle, baroque, de l'acceptation de la mort, de la connaissance panique—, mais quelque orgueil ausitôt se cabre, un temps d'orage a commencé en Europe, un de ces temps de ciel noir où passent quelquefois de scintillantes lumières (romantisme)."
Yves Bonnefoy in "ROME, 1630", à propos des Bambochades (peintures de scènes réalistes brossées rapidement que pratiquaient les peintres à Rome).